| Formation
Le matador commence
par une phase d'apprentissage
en toréant
de jeunes taureaux
âgés
de moins de trois
ans (becerros) au
cours de novilladas
sans picador. Si le
talent, le courage
et aussi la chance
sont là, après
un certain nombre
de novilladas sans
picador, il pourra
se présenter
comme novillero pour
combattre des taureaux
de trois à
quatre ans (novillos)
au cours de novilladas.
Enfin, il prendra
l'alternative dans
une course où,
sous le parrainage
d'un matador et en
présence dun
témoin, il
obtiendra le droit
de combattre des taureaux
de plus de quatre
ans.
Généralement,
il y a six taureaux
et trois matadors
par corrida. Chaque
matador combat donc
deux taureaux : le
matador le plus ancien
combat les premier
et quatrième,
le deuxième
par ordre dancienneté
combat les deuxième
et cinquième,
le plus jeune combat
les troisième
et sixième.
Le taureau dans larène
Taureau dans la place
À la sortie
du toril, il est marqué
de la devise, flot
de rubans de diverses
couleurs, chaque ganaderia
ayant sa propre devise.
Les principales qualités
que lon demande
au taureau sont la
bravoure, la noblesse
et la caste.
* Bravoure : qualité
fondamentale du taureau
de combat. La bravoure
se manifeste par la
promptitude du taureau
à charger à
la moindre sollicitation,
par la répétition
inlassable de ses
charges, par l'abnégation
dont il fait preuve
face aux différents
adversaires qui lui
sont opposés,
notamment le picador.
* Noblesse : faculté
qua le taureau
de charger en ligne
droite plutôt
quen «
zigzag », en
baissant la tête.
Certains éleveurs
ont tellement recherché
la noblesse au détriment
de toute autre qualité
que leurs taureaux
en deviennent «
sosos » («
stupides »)
et enlèvent
toute émotion
au combat.
* Caste : ce terme
désigne à
lorigine chacune
des races de taureaux
sélectionnés
pour la corrida. On
dira de tel élevage
quil est de
« caste vasqueña
» pour dire
quil descend
de taureaux élevés
par léleveur
José Vasquez,
ou de « caste
vistahermosa »
pour signifier quil
descend de taureaux
élevés
par le Comte de Vistahermosa.
Dans une seconde acception,
on dira dun
taureau quil
a de la « caste
» pour indiquer
que, dune manière
générale
il présente
toutes les qualités
ou presque que lon
recherche chez le
taureau.
Lélevage
du taureau
À lorigine
de la corrida, on
se contente daller
dans les élevages
pour semparer
des taureaux dont
on peut supposer quils
sont les plus combatifs
du troupeau. À
partir du XVIIe siècle,
la sélection
se fait plus rigoureuse
: quelques éleveurs
commencent à
sélectionner
leurs taureaux spécialement
pour les besoins de
la corrida.
Aujourdhui,
les taureaux sont
spécialement
sélectionnés
en fonction de leurs
qualités supposées
au combat et de leur
masse corporelle (parfois
plus de 600 kg, mais
le plus souvent entre
480 et 550 kg).
Les ganaderías
assurent un élevage
dans des conditions
d'isolement qui permettent
de garantir que le
taureau qui entre
dans l'arène
n'a jamais vu d'homme
à pied (les
éleveurs circulent
exclusivement à
cheval ou en véhicule).
L'objectif est d'obtenir
des taureaux «
braves » (ce
qui se reconnaît
au fait qu'ils chargent
à la plus petite
provocation : soit
parce que le torero
empiète sur
son terrain, soit
à l'appel).
Afin dobtenir
les qualités
recherchées,
les vaches reproductrices
sont sélectionnées
au cours dune
épreuve appelée
tienta (ou tentadero)
: La vache affronte
un picador muni dune
pique dont la puya
est beaucoup plus
petite que celle utilisée
en corrida. Si elle
fait preuve dune
« bravoure »
suffisante elle est
alors toréée
à la muleta,
soit par un matador
qui profite de loccasion
pour sentraîner.
Souvent, le matador
est suivi de toreros
débutants qui
essaient de se faire
remarquer par les
professionnels présents.
À la suite
de la tienta, seules
les meilleures vaches
seront gardées
pour engendrer les
futurs combattants.
Les sementales («
étalons »)
sont eux aussi sélectionnés
au cours dune
tienta de machos,
mais seulement au
picador. Aucun capote,
aucune muleta nest
utilisé.
Chaque semental voit
mettre à sa
disposition une quinzaine
ou une vingtaine de
vaches. Les premiers
produits seront généralement
envoyés dans
des novilladas sans
picadors, afin de
permettre à
léleveur
dêtre
renseigné au
plus tôt sur
la validité
de ses choix. Si ces
premiers produits
sont bons, léleveur
est rassuré
: le semental et ses
vaches pourront être
gardés définitivement.
Sinon
Dans les semaines
qui suivent sa naissance,
le veau sera marqué
au fer : sur la fesse,
le fer de lélevage
; sur le flanc un
numéro dordre
; sur lépaule,
le dernier chiffre
de lannée
de naissance. Sa naissance
et son marquage seront
consignés sur
un registre, véritable
registre détat
civil, à la
disposition des autorités
de lÉtat.
Jusquà
son départ
pour larène,
le taureau vivra en
quasi liberté
dans les immenses
prairies : si les
latifundia du passé
ont disparu, les élevages
de taureaux continuent
encore aujourdhui
de sétendre
sur plusieurs centaines,
parfois milliers,
dhectares.
Chaque vache porte
un nom ; traditionnellement,
toutes ses fils porteront
le même nom,
ses filles porteront
un nom en rapport.
Ainsi, si une vache
sappelle «
Andaluza »,
ses fils sappelleront
tous « Andaluz
», ses filles
sappelleront
« Andaluza »,
« Extremeña
», « Aragonesa
», mais aussi
« Sevillana
», « Granadina
», « Cordobesa
», etc.
Les récompenses
Sils ont apprécié
la prestation du matador,
les spectateurs réclament
au président
que lui soient accordées
une, voire deux oreilles,
et même deux
oreilles et la queue.
Pour ce faire, ils
doivent agiter un
mouchoir blanc, mais
lexpérience
montre que nombre
de spectateurs (surtout
en France) se contentent
de crier, siffler
ou applaudir. Le président
accorde une oreille,
deux oreilles, deux
oreilles et la queue
en présentant
un, deux ou trois
mouchoirs blancs.
Les trophées
sont coupés
sous la surveillance
de lalguazil
qui les remettra au
matador après
que la dépouille
du taureau aura été
tirée hors
de la piste. Il ne
reste plus au matador
quà faire
une vuelta al ruedo
: il fait le tour
de la piste en longeant
la barrière
et salue le public
; les spectateurs
les plus enthousiastes
lui envoient des bouquets
de fleurs, des cigares,
leur chapeau, leur
foulard etc. Le matador
garde les fleurs et
les cigares, et renvoie
les chapeaux, foulards,
etc., à leur
propriétaire.
Si aucune oreille
na été
accordée, le
public pourra toutefois,
par ses applaudissements
nourris et répétés,
demander au matador
de « saluer
à la barrière
» (le matador
entre en piste et
salue le public en
restant à proximité
de la barrière),
de saluer «
au tiers » (le
matador savance
à mi-chemin
de la barrière
et du centre de la
piste), de saluer
« au centre
» (le matador
salue en savançant
jusquau centre
de la piste), voire
de faire une «
vuelta al ruedo ».
Si la prestation
du matador a été
fort peu appréciée,
elle peut entraîner
une bronca : les spectateurs
mécontents
crient, sifflent,
et il peut même
arriver que certains
jettent des bouteilles
sur la piste. (Un
tel geste est largement
condamné par
les aficionados.)
Parfois la réaction
est pire pour le matador
que la plus forte
des broncas : le silence.
Si le taureau a été
exceptionnellement
bon, le président
pourra lui accorder
à lui aussi
une vuelta al ruedo
en présentant
un mouchoir bleu.
Et sil a été
plus quexceptionnellement
bon, le président
pourra, avant lestocade,
ordonner sa grâce
en présentant
un mouchoir orange.
Quand le matador
a fini de saluer,
il ne reste plus au
président quà
sortir son mouchoir
blanc afin dordonner
lentrée
en piste du taureau
suivant.
En fin de corrida,
les matadors quittent
larène
lun après
lautre, par
ordre dancienneté.
Si lun dentre
eux a été
particulièrement
brillant, il sortira
a hombros, sur les
épaules de
ses admirateurs. Peut-être
récompense
suprême
sera-t-il autorisé
à sortir par
la Grande Porte. À
Séville, il
devra pour cela avoir
coupé trois
trophées (soit
trois oreilles, ou
deux oreilles et une
queue) au minimum
; à Madrid,
deux trophées
suffiront (étant
généralement
admis que si une seconde
oreille madrilène
et une seconde oreille
sévillane ont
environ la même
valeur, la première
oreille madrilène
en a bien plus que
la première
oreille sévillane)
; ailleurs, cest
selon le sérieux
de lorganisation,
le niveau dexigence
et de compétence
du public, les coutumes
locales, etc.
|